Pollution

Je voudrais fermer les yeux pour ne pas les rouvrir. Ce monde en mouvement énervant me fatigue à en avoir envie de dormir constamment. Toute cette pollution visuelle et auditive m’étouffe et me fait faire des crises. C’est comme un smog permanent, sale et humide qui tourne autour de ma tête dans une danse infinie. Je ne vois que ça et je n’entends que le grondement agressant de tous ces humains qui vivent. J’ai beau essayer chasser ce nuage du revers de la main comme s’il s’agissait de vulgaires moustiques, rien n’y fait, cet anneau de misère est devenu mon aura. Une aura grise et asphyxiante qui embrume même mes pensées et tue à petit feu mon envie de survivre.

À travers les saletés qui brouillent ma vue, je cherche un endroit agréable où un vent puissant pourra souffler assez fort afin de chasser toute cette éreintante maladie. Mes mains balancent dans le vide à la recherche du moindre indice de la présence d’une délicate brise mais pas un seul poil de mes bras n’est soulevé. Est-ce que le vent serait aussi embrumé que ma tête par des nuages qui le retiennent? Je n’arrive pas à voir s’il fait soleil, je ne sens plus la différence entre une chaleur torride et une journée comfortable. Chez moi, il fait toujours chaud et humide et ça pue la pollution des autres.

Après une longue marche, j’ai enfin trouvé un endroit où mon nuage gris semble s’atténuer. Je discerne vaguement des formes autour de moi et je n’entends plus un bruit. C’est un soulagement qu’il m’eût rarement été donné de ressentir depuis ces dernières semaines. Voilà que je sens une brise douce qui touche mon nez! Que c’est bon l’odeur du vent frais! Je marche doucement les mains devant moi en essayant d’attraper ces molécules d’air qui viennent embrasser ma bouche. Je ne veux pas ouvrir les yeux cette fois parce que j’ai peur de perdre ce moment de pure extase qui m’enveloppe. Je respire avec avidité ce vide de pollution. Je marche plus rapidement jusqu’à en courir et le vent me fouette de plus en plus fort. Soudainement, je sens que la bourrasque m’emporte dans ses bras et je sais que mon enveloppe polluée s’est finalement évaporée. Je vais enfin commencer à vivre!
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Infirmière : « Docteur, il a échappé à notre garde puis est monté sur le toit. Quelqu’un l’a vu marcher lentement puis courir et se jeter dans le vide. Nous n’avons même pas eu le temps de l’en empêcher. »

Docteur: « Garde diminuez les doses de ce nouveau médicament, c’est le quatrième cette semaine qui meurt avec ce sourire stupide. Si au moins ils avaient l’air malheureux, on aurait pas à justifier cette nouvelle étude pharmaceutique qui stimule le suicide joyeux! »

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