Souvenir du jour ou égocentrisme d’un monde

En réaction à un texte que mon ami Jonathan a écrit et qui a été publié jeudi le 13 septembre, voici un fait auquel je pense tous les jours quand je pars de chez moi, quand je quitte ma solitude.
 
Montréal, ville joyeuse, multi-culturelle, chaude l’été, froide l’hiver, remplie de gens… égocentriques! Je prends l’autobus tous les matins au même arrêt, presqu’à la même heure. Je prends l’autobus depuis plus d’un an avec le même gars, presque tous les matins, à la même heure. Quand je monte dans le bus, je regarde pas le numéro car je sais qu’il passe toujours au même moment après le même bus, matin après matin, presqu’à la même heure. Quand je montre ma carte de bus au chauffeur, un léger moment de panique m’envahi à savoir si j’ai monté dans le bon et là je regarde autour de moi et je reconnais quelques visages, les mêmes, jour après jour, alors je sais que je suis dans le bon bus. Je rejoins un poteau libre ou je m’écrase la nez dans la vitre d’en avant parce que personne ne veut se pousser vers l’arrière, je dépose mon sac à dos sur le plancher en regardant le con derrière moi qui m’écrase son sac à dos sur les fesses parce qu’il a pas encore compris qu’on sauve de la place pour une personne quand il l’enlève de son dos.
 
Jour après jour, on voit le même monde aux arrêts, dans le bus, dans le métro, dans les épiceries et on ne parle, ni on ne sourit à personne. Sourire à quelqu’un dans le métro, c’est prendre un gros risque qu’on se dit, parce qu’on a été élevé comme ça, d’avoir peur des inconnus. Pendant 7 mois, j’ai pas dit un mot à ce gars avec qui je prends l’autobus et un jour, lors d’une méchante tempête de neige, on s’est parlé, de la température et à partir de ce jour-là, on s’est salué tous les matins. Juste un petit bonjour, puis je lui ai posé une question et une autre, puis j’ai recommencé le lendemain. Et un bon matin, on a jasé tout le long du trajet et j’en ai appris plus sur lui en 10 minutes qu’en un an. C’est un gars totalement charmant, gentil et ça passe le temps du trajet routinier! Mais pourquoi avoir attendu un an pour lui parler? Est-ce que j’avais peur qu’il soit méchant?
 
Il y a plus d’un an, un énorme déluge a secoué Montréal vers l’heure du retour à la maison. Les bus étaient pris partout et ça avançait pas et les gens se sont mis à se parler dans le bus, de la température, du traffic, etc. Quand le bus a été finalement dépris et remis en route, les gens sont sortis, ont pris le métro et ne se sont plus jamais reparlés. Même chose un matin de tempête, le bus a croisé une scène d’accident et tous les gens se sont mis à commenter et à se parler entre eux.
 
Vous vous demandez pourquoi je me souviens de tout ça ? Parce que ce fût d’agréables moments, rares mais ô combien différents de la routine et parce que de voir cette communion entre les gens était magique et me rapellais que les gens ont des sentiments parfois. Même si ce n’est que pour de la météo, de voir les gens soudain s’animer et réagir, ça valait d’être là, et de s’en souvenir!

No Comment

No comments yet

Leave a reply