Si mal…
Longue attente le corps crispé, les mains moites et le cœur palpitant, je récitais mes litanies en balançant ma tête comme une schizophrène. Je sentais la folie m’envahir quand on a enfin ouvert la porte pour me laisser entrer. La lumière vive m’a brûlé les yeux déjà rougis par la fatigue accumulée de ces longues nuits à répéter et à répéter encore devant ce miroir crasseux de la chambre que j’avais louée. J’ai commencé à paniquer, je n’arrivais pas à reprendre le contrôle de mon corps! Des tremblements incessants parcouraient tous mes membres comme la sueur froide d’une frousse indescriptible. À ce moment précis, j’ai su que je n’y arriverais pas, comme lorsqu’on réalise en se réveillant un bon matin que l’homme de notre vie ne reviendra plus dormir à côté de nous. J’ai écarté les bras et je les ai étendus devant moi pour enfin croiser mes mains en signe de supplication. Je n’en pouvais plus, j’avais atteint le bout de mon chemin, je l’ai trouvé ce matin derrière cette porte qu’on a entrouverte pour moi. Je suis tombée à genoux sans demander mon reste et j’ai incliné ma tête vers le sol en murmurant les mots qu’on m’avait légués. Au bout de mon souffle, mon corps s’est affaissé mollement contre le sol froid et mes yeux, fixés devant, sont restés grand ouverts comme pour embraser l’expiation de mon âme. Je me suis éteinte sans pleurs, le regard tourné vers l’immensité du vide.
Le directeur a finalement crié au bout d’une minute de silence: « Coupé! On recommence! Avec plus d’émotion!» et je suis repartie d’où j’étais venue, les membres ankylosés, pour mieux répéter la scène, encore une fois…
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